L’Administration Trump met l’Intelligence Artificielle au cœur de la rédaction des régulations fédérales
Imaginer une administration où les régulations sont écrites par des algorithmes, pas par des humains, voilà le pari audacieux que l’administration Trump semble prête à relever. Le Département des Transports des États-Unis (DOT) a récemment dévoilé un projet audacieux : utiliser l’Intelligence Artificielle pour générer les textes réglementaires. Une idée qui promet de révolutionner les processus bureaucratiques, mais qui soulève autant d’enthousiasme que d’interrogations sur la qualité et la fiabilité de ces régulations automatisées.
Ce plan inédit a été présenté aux équipes du DOT lors d’une démonstration mettant en avant le potentiel des outils IA, comme Google Gemini, pour accélérer la rédaction des documents réglementaires. Le général conseil du DOT, Gregory Zerzan, n’a pas caché son enthousiasme, qualifiant le département de « pointe de la lance » dans ce qui serait une vague plus ample d’adoption de l’IA dans le gouvernement fédéral.
À vrai dire, l’objectif principal affiché est la rapidité. Dans une bureaucratie souvent ralentie par des mois, voire des années de rédaction et d’itérations, pouvoir produire un avant-projet de régulation en quelques minutes voir secondes apparaît comme un levier d’efficacité sans égal. Cette accélération pourrait modifier profondément la nature même des règlements, qui plus est dans un environnement technologique toujours plus innovant où la réactivité est essentielle.
Cette idée, tout en s’appuyant sur la technologie, éclaire une tendance plus large observée dans la manière dont les administrations entendent moderniser leurs tâches. L’automatisation, longtemps cantonnée aux rôles répétitifs, s’invite désormais dans des processus complexes comme la rédaction juridique et réglementaire, un terrain traditionnellement réservé à l’expertise humaine.
Toutefois, un tel recours à l’IA ne va pas sans générer des inquiétudes et débats. Le côté révolutionnaire de cette stratégie pousse à s’interroger non seulement sur la qualité des textes produits, mais aussi sur les conséquences à long terme pour la gouvernance et la confiance publique. Un débat qui dépasse largement le simple cadre de la technologie pour toucher au cœur des politiques publiques américaines.

Quand l’automatisation rencontre la réglementation : enjeux et risques pour la qualité des régulations
Pour comprendre l’impact de cette initiative, il faut saisir la complexité des régulations élaborées par le DOT. Ces règles sont vitales, elles couvrent la sécurité aérienne, le transport de matières dangereuses, la sécurité ferroviaire, et bien plus encore. Des textes qui ne supportent pas l’erreur ou l’approximatif !
Et pourtant, dans une conférence interne, Gregory Zerzan a fait un constat surprenant. Pour lui, l’objectif n’est pas d’atteindre la perfection dans chaque règle, mais un standard « assez bon » qui permet de « inonder le terrain » rapidement en multipliant les propositions de régulations. Une posture qui choque une partie des employés du DOT, conscients que derrière ces textes se jouent parfois des vies humaines.
Le recours à des modèles comme Google Gemini pour produire jusqu’à 90 % d’un projet réglementaire, avec un simple travail de relecture humaine en aval, apparaît comme un pari risqué. Ces grands modèles de langage sont connus pour leurs « hallucinations », ce qui signifie qu’ils peuvent générer des informations erronées ou déformées sans en être conscients, faute de raisonnement humain.
Plus encore, la rédaction automatisée fait parfois place à ce que l’on appelle du « word salad » — un enchevêtrement de mots parfois cohérents mais vides de sens concret — qui devra nécessairement être maîtrisé par des experts. Toutefois, dans un système où les ressources humaines se réduisent, notamment après des coupes dans les effectifs, y aura-t-il suffisamment d’expertise pour vérifier ces documents ? Le doute s’installe.
Cette tension entre vitesse et qualité illustre parfaitement les défis actuels des politiques publiques à l’ère de l’innovation technologique. Gouverner, c’est faire des choix éclairés, souvent après de longues réflexions. Le risque ? Voir le rôle crucial des humains dans la régulation réduit à de simples tâches de validation, voire de surveillance, d’un travail principalement piloté par l’IA.
Ce débat n’est pas isolé. Il rejoint les discussions plus larges sur l’adoption de l’Intelligence Artificielle au sein des administrations à travers le monde, comme en témoigne par exemple l’émergence d’une culture IA aux Nations Unies, où l’enjeu de la transparence et de l’éthique est central.
Des résistances au sein des agences, un débat sur l’automatisation des politiques publiques
Cette course à la rédaction automatisée ne fait pas l’unanimité. Plusieurs agents du DOT expriment une forte méfiance, voire un véritable scepticisme, face à ce qui apparaît comme une expérimentation à haut risque. Pour eux, la complexité juridique des régulations exige une expertise pointue, affinée par des années d’expérience et ne saurait être confiée à une machine sujette à erreurs.
Mike Horton, ancien directeur de l’intelligence artificielle au DOT, a comparé ce plan à engager un « stagiaire de lycée » pour rédiger des règles, illustrant le fossé existant entre la promesse technologique et la réalité réglementaire. Selon lui, « aller vite et casser des choses », c’est prendre le risque que des vies soient menacées — une perspective non négociable dans le domaine des transports.
Par ailleurs, la réduction des effectifs experts, notamment des avocats et spécialistes de la réglementation, accroît le sentiment d’insécurité. Depuis le retour de l’administration Trump, près de 4 000 employés ont quitté le DOT, une perte qui affecte directement la capacité d’analyse et de contrôle interne des régulations.
Face à ces inquiétudes, les défenseurs du projet martèlent que l’IA ne prendra jamais complètement le pas sur l’humain. Le rôle du professionnel deviendrait plutôt celui de superviseur vigilant, capable de détecter les « hallucinations » et de garantir que la réglementation reste alignée sur le cadre légal et politique. Une démarche que certains qualifient déjà d’« human in the loop ».
Dans un monde où la technologie avance à grands pas, ce débat sur la place de l’IA dans les politiques publiques est crucial. Il rappelle l’importance d’une régulation mesurée et réfléchie de l’innovation, pour éviter que l’automatisation ne devienne un prétexte à un affaiblissement du contrôle démocratique.

Quels bénéfices concrets tirer de l’intégration de l’IA dans la gouvernance ?
Malgré les polémiques, les partisans de l’Intelligence Artificielle dans le processus réglementaire avancent des arguments solides. La rapidité accrue est le premier atout souvent invoqué. Produire des textes en quelques minutes au lieu de plusieurs mois ouvre des perspectives enthousiasmantes, surtout dans un environnement global où la compétitivité technologique est capitale.
De plus, l’IA offre une capacité d’analyse de données et d’information massive inégalée pour synthétiser des commentaires publics, intégrer des lois disparates, ou encore vérifier la cohérence d’un texte au regard de multiples référentiels. Ce niveau d’optimisation pourrait améliorer la qualité globale si l’équilibre entre machine et humain est bien respecté.
Cette automatisation s’inscrit dans la logique plus vaste d’une transformation digitale des institutions, où la technologie sert à dénouer les lourdeurs bureaucratiques sans renier la complexité des enjeux. Dans ce cadre, la rédaction assistée par IA deviendrait un outil au service de la démocratie, en rendant les processus plus accessibles et dynamiques.
Pour exemple, lors des débats récents à l’Office of Management and Budget (OMB), il a été souligné que l’IA pourrait réduire considérablement le temps de passage d’un projet de régulation d’une idée à un brouillon complet prêt pour examen, grâce à des outils comme Gemini. Cette compression du calendrier (passer d’années à quelques semaines) est vue comme un levier majeur pour ne pas laisser s’installer des régulations obsolètes face à des marchés et technologies en mutation rapide.
La clé reste toutefois dans la formation et la montée en compétences des équipes, pour assurer une collaboration efficace entre humains et IA, à l’instar de l’approche discutée lors du sommet sur l’intelligence artificielle à Davos. Cette synergie est la meilleure garantie d’innovation responsable, tirant le meilleur parti de la technologie tout en préservant les standards éthiques et légaux.
Vers une nouvelle ère de gouvernance automatisée : anticiper les défis futurs
L’initiative Trump d’intégrer l’IA dans la rédaction des régulations fédérales pourrait bien ouvrir une nouvelle ère pour la gouvernance moderne. Mais cette révolution est loin d’être une simple modernisation technique. Elle pose des questions cruciales sur la responsabilité, l’éthique et la place des citoyens dans la décision publique.
Par exemple, qui sera responsable si une régulation mal formulée par une IA conduit à une catastrophe ? Comment assurer la transparence dans un processus largement géré par des algorithmes parfois opaques ? Ces défis demandent de nouveaux cadres législatifs et une vigilance accrue des institutions.
En parallèle, la montée de l’automatisation appelle à un changement culturel au sein des administrations, un passage vers une « culture IA » qui engage les agents dans une co-création technologique où humains et machines travaillent main dans la main. Cela implique aussi des défis en termes d’éthique et de formation continue.
Les exemples concrets comme le plan du DOT exposent le besoin d’un débat public large et ouvert, où l’innovation et la sécurité s’entrelacent. Il s’agira d’impulser une transformation tout en gardant un sens aigu de l’intérêt général — sans tomber dans l’excès d’optimisme ni dans la peur paralysante.
Un défi de taille, mêlant technologie, innovation et exigences de réglementation, qui en 2026 s’impose déjà comme un sujet brûlant. L’usage des IA dans l’administration, et notamment dans la rédaction automatisée des régulations, prend une place inédite, appelant à la prudence, mais aussi à l’audace mesurée.
De fait, il paraît indispensable de s’inspirer d’initiatives internationales variées, souvent bienveillantes à l’égard des avancées technologiques, tout en gardant une rigueur accrue. Par exemple, l’observation attentive de l’innovation dans les administrations régionales, comme à Paris avec des projets d’IA au cœur de la gestion urbaine ou à Bordeaux, révèle combien l’acceptation sociale et le contrôle citoyen sont des piliers incontournables.
En résumé, c’est un véritable tournant qui s’annonce pour le gouvernement : l’IA ne sera pas juste un outil de rédaction, mais un partenaire majeur dans la définition des normes qui régissent la société. Une perspective qui ouvrira peut-être la voie à des politiques publiques plus dynamiques, adaptées, et pourquoi pas… plus humaines.
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